Avec 318 milles d’avance sur son plus proche poursuivant, le Class40 LE CONSERVATEUR entrait le 7 novembre dernier dans cette contrée de l’ombre appelée Zone de Convergence Intertropicale, le pot au noir et ses obscures menaces de grande instabilité climatique. Trois jours proprement infernaux plus tard, Yannick Bestaven et Pierre Brasseur parviennent enfin à desserrer l’étreinte de ce monstre météo qui les aura accompagnés avec une rare obstination sur plus de 300 milles. 
Leur matelas d’avance, d’apparence si confortable, a fondu comme neige au soleil et les deux marins ont le sentiment qu’à 2 000 milles d’Itajaí, un nouveau départ vient d’être donné. En lice, le redoutable V and B du duo Manuard-Sorel, et les étonnants normands Louis Duc et Christophe Lebas à bord de Carac Advanced Energies. Renforcés par l’épreuve nerveuse traversée, Yannick et Pierre font table rase des jours passés, et attaquent la longue descente vers les côtes Brésiliennes avec un appétit de victoire que décuple l’esprit de revanche sur un sort tellement défavorable.

L’épreuve des nerfs

Enfin l’alizé de sud-est ! Espéré, appelé avec tant d’ardeur par les marins du Class40
LE CONSERVATEUR, ce flux émanant de l’anticyclone de Sainte Hélène a enfin consenti à gonfler les voiles trop longtemps inertes du monocoque de Yannick et Pierre. « Nous avons pour l’heure une quinzaine de nœuds de vent » confiait ce matin un Pierre Brasseur à l’évidence soulagé.

« Cet alizé devrait se renforcer ces prochaines 48 heures, avant d’adonner, c’est à dire de tourner sur l’arrière du bateau à l’approche de la corne du Brésil. »

Leurs nerfs et leur volonté cruellement mis à rude épreuve trois jours durant, à lutter sur un océan déserté par le vent, en multipliant les changements de voiles et de bords, les deux hommes ont simplement décidé d’oublier ces interminables heures de veille, à guetter une risée qui jamais ne vient, pour ne plus se consacrer qu’à un seul mot d’ordre, la vitesse.

48 heures de vitesse pure en route directe

« Nous avons 48 heures de vitesse pure devant nous » précise Pierre, « sur un seul bord bâbord amure, vent venant de la gauche, sur une mer un peu hachée, avec la priorité portée aux réglages et à la trajectoire. » Une configuration de course naturellement partagée par leurs plus proches adversaires. « Ils vont très vite, mais nous sommes confiants car lors de notre bord à bord au large du Portugal en début de course, nous avions parfaitement tiré notre épingle du jeu. » Mais cette longue course de vitesse ne soldera en rien l’issue de cette Transat à rebondissements. « Passé le cap Frio qui marque l’entrée dans l’immense baie de Rio, la situation va se compliquer et ouvrir quelque peu le jeu » insiste Pierre. « Plateformes pétrolières, orages, fronts dépressionnaires… les derniers 500 milles laissent ouverts tous les scenarii de course. »

Un moral à toute épreuve

Cette laborieuse traversée  du « pot de l’enfer » a marqué les deux marins du Class40
LE CONSERVATEUR. Ils ont puisé très loin dans leur volonté la force de rester sereins, concentrés et positifs, pour déboucher aujourd’hui dans l’alizé, animés d’une soif de victoire décuplée. « On a su rester optimistes et soudés dans ces moments terribles » explique Brasseur.

« La bonne humeur, l’humour même, nous ont aidés à franchir l’épreuve. Nous nous consacrons désormais à la marche du bateau, en donnant en alternance le meilleur de nous même. »

Retrouvez tous les classements sur le site officiel de la transat
http://www.transat-jacques-vabre.com/fr/classement#class40
Ainsi que la cartographie actualisée toutes les 30 minutes :
http://tracking.transat-jacques-vabre.com/fr/