L’heure tourne, et le décompte vers l’échéance du départ demain, dimanche à 13 heures 30 de la 12ème édition de la Transat Jacques Vabre semble s’accélérer avec chaque heure qui passe. La vie des navigateurs massés autour du bassin Paul Vatine au Havre, scandée depuis une semaine par moults rendez-vous médiatiques et grand public, se resserre imperceptiblement autour de la cellule névralgique de chaque Team, préparateurs et conseillers météo. A quelle sauce salée sera-t’on mangé? Les scenarii de départ s’affinent d’heure en heure et les schémas et tactiques de course prennent forme en chaque marin, en fonction de ses objectifs et des capacités de son bateau. A bord du Class40 LE CONSERVATEUR, les perspectives d’une sortie de Manche musclée, nerveuse et ventée suscitent plutôt… le contentement. Yannick Bestaven et Pierre Brasseur savent leur monocoque typé pour le gros temps. Gommer les préfaces et les atermoiements pour entrer de plain pieds et sans transition dans le vif du sujet correspond à leur tempérament de gagneurs et à leur expérience de marins qui connaissent la valeur cruciale des premiers jours d’une transat automnale.


Class 40 / Le Conservateur / Yannick BESTAVEN

Un parcours riche varié et pourtant peu ouvert à la stratégie

La 12ème édition de la Transat Jacques Vabre, pour la deuxième fois, reliera Le Havre à Itajaí, dans le sud du Brésil. 5 400 milles nautiques de navigation variée attendent le duo Bestaven-Brasseur et leurs 41 homologues (dont 14 Class40), entre phénomènes automnaux d’Atlantique Nord, et alizés de l’hémisphère sud, qui n’offrent en définitive que peu d’option stratégique, en dehors de la vitesse pure.
Première difficulté, la sortie de la Manche et la traversée du Golfe de Gascogne dans des régimes d’ouest, fréquents en cette saison. Selon les trajectoires et les comportements plus ou moins agressifs des coureurs, de premiers écarts peuvent se faire jusqu’au cap Finisterre, à la pointe occidentale de l’Espagne, et le long des côtes portugaises. « Il faut jusqu’aux Canaries, aller de l’avant pour chercher ces fronts dépressionnaires et leurs vents soutenus » explique Pierre Brasseur. « C’est humide, froid, inconfortable, dur pour les hommes et le matériel, mais c’est la condition impérative pour d’emblée se positionner en tête de flotte. » ajoute Yannick Bestaven. Les navigateurs cherchent alors les fameux alizés portugais pour gagner dans le sud aux allures portantes. Les premiers à les toucher glissent à belle allure en slalomant entre les îles Atlantiques, Madère et Canaries. Les températures remontent singulièrement et l’heure est à la vitesse et aux belles glissades sous spis. On commence après le Cap Vert à viser un point de passage dans la Zone de Convergence Intertropicale, aussi dénommé « pot au noir », une zone de grande instabilité orageuse, friction entre les phénomènes d’Atlantique Nord et ceux de l’hémisphère sud, où coups de vents violents alternent avec les périodes déventées. La problématique y est double ; couper cette zone en sa partie la moins vaste, mais aussi entrer dans un régime d’alizé de sud est avec le meilleur angle au vent possible. Les duos entament alors une phase de navigation très penchée, travers au vent, cap vers le Brésil, en bordure nord ouest de l’anticyclone de Sainte Hélène. De sa virulence dépend la longueur de ce sprint débridé vers la baie de Rio. Les conditions vont y changer de tout au tout, car en glissant sous la pointe du Brésil, les concurrents rencontrent de nouveaux phénomènes dépressionnaires en circulation vers le sud de l’Amérique Latine.

« A partir de Rio et du cap Frio, il faut demeurer vigilant, malgré la fatigue » atteste l’expérimenté Pierre Brasseur, « car la situation météo est très complexe avec là encore, des phénomènes orageux… »

En course vers le soleil

« Des dépressions, de l’alizé, le pot au noir…. et au bout, le soleil du Brésil » résume Yannick Bestaven qui aborde avec sérénité sa troisième participation à la Transat Jacques Vabre (Vainqueur en 2011).

« Pierre et moi-même profitons à plein de ces dernières heures au Havre. Nous aimons ce contact avec le public et les supporters du Class40 LE CONSERVATEUR. Une dépression assez creuse est en approche de la Manche, au sud de l’Irlande, avec des vents forts, une mer formée… rien de très agréable mais une configuration qui, d’un point de vue purement sportif, nous convient à merveille. C’est dans ce type de conditions que nous aimons attaquer, parce que le bateau s’y prête, et parce que c’est le moment d’effectuer une première sélection au sein de la flotte. »

Yannick et Pierre vont affiner heure par heure cette stratégie de départ. Les contingences techniques et matérielles du voilier ont été parfaitement gérées par l’équipe technique. « Christophe Bouvet, notre préparateur technique,  s’est chargé de l’avitaillement, notamment auprès de notre fournisseur angevin JB Gastronomie qui nous prépare sous vide de savoureux petits plats. » explique avec gourmandise Pierre Brasseur. Pragmatiquement détendus, Yannick Bestaven et Pierre Brasseur entrent progressivement dans une autre dimension, plus confinée selon les standards du confort moderne, mais dépourvue de limites selon la réalité océane.